
Le Félin, 2003 |
Sophie Mousset
Olympe de Gouges
et les droits de la femme
Préface de Michèle Sarde
Plus de deux siècles plus tard, celle qui osa rédiger et publier une Déclaration de la Femme et de la Citoyenne, celle qui monta à l’échafaud pour avoir eu le courage de monter à la tribune reste dans la nation à laquelle elle avait « légué son cœur », une figure obscure. Même les femmes qui lui doivent tant, pour la plupart l’ignorent. (…)
Pionnière, elle le fut dans ses revendications pour les droits des femmes, non seulement dans le texte de la Déclaration pour lequel elle est restée célèbre mais dans son théâtre, dans ses autres publications, et ses prises de position. Elle réclama l’éducation pour les filles, l’arrêt des mariages imposés comme des vœux forcés, le divorce, la légalisation des enfants naturels. Elle finit par être exaucée.
Prophète, elle préconisa la féminisation des noms de métier, rédigea un contrat social entre l’homme et la femme qui préfigure le Pacs, réfléchit aux problèmes de la prostitution et aux violences faites aux femmes, notamment par « la recherche illicite des jeunes filles que font les libertins », fonda le principe de la parité – elle disait l’égalité – sur la souveraineté universelle constituée par la réunion de l’homme et de la femme. Elle vient d’être exaucée.
Héroïne, sans rechercher la mort mais en refusant de s’évader, elle mourut en brave et en femme, jetant avant la descente aux enfers de l’échafaud un dernier regard sur son miroir afin de s’assurer que son visage ne la trahirait pas. Elle légua son âme aux femmes. Héritage fort que nous nous devons d’entretenir, sachant que toutes les conquêtes sont fragiles et que si on ne décapite plus les femmes en France, on les lapide dans bien d’autres pays de la planète. (…)
Ce livre attendu d’une jeune femme d’aujourd’hui lui rend sobrement hommage.
Extrait de la préface
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